Votre médecin vous remet une analyse de sang et deux lignes retiennent votre attention : SGOT (ou ASAT) et ALAT (ou SGPT). Les deux valeurs sont proches, parfois presque identiques, parfois très déséquilibrées. Comprendre ce que chacune mesure, puis les lire ensemble, permet de mieux dialoguer avec le professionnel de santé qui interprète vos résultats.
SGOT et ALAT : deux enzymes, deux localisations différentes
Imaginez deux capteurs placés à des endroits distincts du corps. L’un surveille surtout le foie, l’autre couvre un territoire plus large. C’est la différence fondamentale entre ces deux transaminases.
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L’ALAT se concentre principalement dans le foie. Quand les cellules hépatiques souffrent, elles libèrent cette enzyme dans le sang. Une élévation de l’ALAT oriente donc assez directement vers une atteinte du foie.
La SGOT, elle, est présente dans le foie mais aussi dans le cœur, les muscles squelettiques et les reins. Une hausse isolée de la SGOT ne pointe pas forcément vers le foie : elle peut refléter un effort musculaire intense ou un problème cardiaque.
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Retenir ce point simplifie la lecture : l’ALAT est plus spécifique du foie que la SGOT. Quand les deux augmentent simultanément, le foie devient le suspect principal.
Valeurs normales des transaminases : repères pratiques
Les laboratoires affichent une fourchette de référence directement sur le compte rendu, à côté de votre résultat. Ces fourchettes varient légèrement d’un laboratoire à l’autre selon la méthode de dosage utilisée.
En règle générale, les transaminases sont considérées comme normales lorsqu’elles restent sous un seuil modéré, souvent plus bas chez la femme que chez l’homme. Si votre valeur dépasse la borne supérieure affichée, le résultat est signalé par un astérisque ou une mise en gras sur la feuille d’analyse.

Vous avez remarqué un léger dépassement sur un seul prélèvement ? Un résultat isolé ne suffit pas à poser un diagnostic. Le médecin demandera souvent un contrôle à quelques semaines pour voir si l’élévation persiste, diminue ou augmente.
Rapport SGOT/ALAT : ce que le ratio révèle
Lire les deux valeurs séparément donne une première indication. Les comparer entre elles affine le tableau. C’est le fameux rapport ASAT/ALAT, parfois appelé rapport de De Ritis.
ALAT plus élevée que la SGOT
Quand l’ALAT dépasse la SGOT, l’atteinte est plutôt d’origine hépatique pure. Ce profil se retrouve dans les hépatites virales en phase aiguë ou dans la stéatose hépatique (accumulation de graisse dans le foie). Le foie souffre, mais le muscle cardiaque et les muscles squelettiques ne sont pas en cause.
SGOT plus élevée que l’ALAT
Un rapport inversé, avec la SGOT qui domine, oriente vers d’autres pistes :
- Une atteinte hépatique liée à une consommation excessive d’alcool, où la SGOT tend à être nettement supérieure à l’ALAT
- Une souffrance musculaire (effort intense, traumatisme, myopathie), puisque la SGOT est abondante dans les muscles
- Une atteinte cardiaque, la SGOT étant présente dans le tissu du myocarde
Un rapport SGOT/ALAT supérieur à un certain seuil évoque souvent une cause alcoolique plutôt qu’une hépatite virale. Le médecin croise cette donnée avec d’autres marqueurs (GGT, CDT) pour confirmer.
Causes fréquentes d’élévation des transaminases hépatiques
Pourquoi vos transaminases augmentent-elles ? Les raisons sont nombreuses, et toutes ne sont pas graves. Voici les situations les plus courantes :
- Stéatose hépatique non alcoolique (foie gras), liée au surpoids, au diabète de type 2 ou à un syndrome métabolique
- Hépatites virales (A, B, C), qui provoquent une destruction des cellules du foie et une libération massive de transaminases
- Consommation régulière ou excessive d’alcool, avec un profil typique où la SGOT domine
- Prise de certains médicaments hépatotoxiques (anti-inflammatoires, statines, paracétamol à dose élevée, certains antibiotiques)
- Exercice physique intense récent, qui peut élever la SGOT sans que le foie soit touché
Un point souvent négligé : le paracétamol à dose suprathérapeutique est une cause fréquente d’élévation aiguë des transaminases. Mentionnez toujours vos prises médicamenteuses à votre médecin avant l’analyse.
Transaminases élevées sans symptôme : faut-il s’inquiéter ?
Beaucoup de patients découvrent une élévation lors d’un bilan de routine, sans ressentir de fatigue ni de douleur. Le foie ne fait pas mal quand il commence à souffrir. C’est un organe silencieux, ce qui rend le dosage des transaminases d’autant plus utile.
Une élévation modérée et persistante, même sans symptôme, justifie des examens complémentaires. Le médecin peut prescrire une échographie hépatique, un dosage des sérologies virales ou un bilan métabolique complet.
Des transaminases élevées sans symptôme ne signifient pas absence de problème. L’inverse est vrai aussi : des transaminases normales ne garantissent pas un foie parfaitement sain, notamment dans certaines fibroses avancées où les cellules hépatiques restantes sont trop peu nombreuses pour libérer beaucoup d’enzymes.

GGT et autres marqueurs : compléter la lecture du bilan hépatique
Les transaminases SGOT et ALAT ne travaillent pas seules sur un bilan sanguin. D’autres enzymes hépatiques apportent des informations complémentaires.
La GGT (gamma-glutamyl transférase) augmente en cas de cholestase (obstruction des voies biliaires) ou de consommation d’alcool. Les phosphatases alcalines orientent vers un problème des voies biliaires ou une atteinte osseuse. La bilirubine, produit de dégradation des globules rouges, traduit la capacité du foie à assurer sa fonction d’élimination.
Croiser SGOT, ALAT, GGT et bilirubine donne un tableau bien plus précis qu’un marqueur isolé. C’est pour cette raison que le médecin prescrit rarement les transaminases seules.
Comment préparer son analyse de transaminases
Le prélèvement sanguin se fait en général le matin. Le jeûne strict n’est pas toujours exigé pour les transaminases seules, mais il l’est souvent parce que d’autres dosages (glycémie, bilan lipidique) figurent sur la même ordonnance.
Évitez un effort physique intense dans les deux jours précédant la prise de sang. Un entraînement sportif vigoureux peut élever la SGOT et fausser l’interprétation. Signalez aussi tout traitement en cours, y compris les compléments alimentaires et la phytothérapie.
Lire ses transaminases SGOT et ALAT, c’est avant tout comprendre que ces deux enzymes racontent des histoires légèrement différentes. L’ALAT parle surtout du foie, la SGOT parle du foie et d’ailleurs. Leur rapport, combiné aux autres marqueurs du bilan hépatique, guide le médecin vers un diagnostic. La meilleure attitude reste de discuter chaque résultat avec le professionnel qui connaît votre dossier.

