Rare cellule épithéliale dans les urines chez la femme : particularités du frottis urinaire

Sur un compte rendu d’ECBU, la mention « rares cellules épithéliales » chez la femme déclenche souvent une inquiétude disproportionnée par rapport à sa signification réelle. Dans la grande majorité des cas, cette ligne du résultat reflète davantage les conditions de recueil de l’échantillon qu’un problème de santé urinaire. Comprendre pourquoi ces cellules apparaissent, et surtout ce qu’elles impliquent pour la fiabilité de l’analyse, permet d’éviter des examens inutiles ou une anxiété mal placée.

Seuil de contamination de l’ECBU : le chiffre que les résultats ne détaillent pas

Les laboratoires français classent la présence de cellules épithéliales en deux catégories sur le compte rendu : « rares » ou « nombreuses (contamination) ». La frontière entre ces deux mentions repose sur un seuil technique précis.

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Au-delà de 10 000 cellules épithéliales par millilitre, le prélèvement est explicitement signalé comme contaminé. Les résultats de bactériologie et de leucocytes doivent alors être interprétés avec prudence, car la fiabilité de l’ensemble de l’analyse est compromise.

Quand le résultat indique « rares cellules épithéliales », on se situe sous ce seuil. Le laboratoire considère que la contamination externe reste acceptable et que les autres paramètres (leucocytes, bactéries, nitrites) peuvent être lus normalement. La nuance est déterminante : « rares » ne signifie pas anormal, mais simplement détecté en quantité non significative.

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Pathologiste analysant des cellules épithéliales urinaires au microscope optique dans un laboratoire d'anatomopathologie

Anatomie féminine et recueil urinaire : pourquoi la contamination est plus fréquente

La proximité entre l’urètre, le vagin et la région périnéale chez la femme explique la présence quasi systématique de quelques cellules épithéliales squameuses dans les urines. Ces cellules proviennent de la muqueuse vaginale ou de la peau périnéale, pas de la vessie ni des reins.

Lors du recueil, même en suivant les consignes de toilette intime préalable, un contact avec les parois vaginales ou les lèvres suffit à entraîner quelques cellules dans le flacon. Ce phénomène est amplifié par plusieurs situations :

  • Les pertes vaginales physiologiques, plus abondantes en période d’ovulation ou en fin de cycle, augmentent la quantité de cellules squameuses dans la zone de recueil
  • La ménopause modifie la muqueuse vaginale (atrophie liée à la baisse d’œstrogènes), ce qui favorise une desquamation accrue des cellules épithéliales
  • Un recueil sans jet intermédiaire (premier jet conservé au lieu d’être éliminé) concentre les cellules superficielles de l’urètre et de la région périnéale

La norme de tolérance en microscopie reflète cette réalité : jusqu’à 8 à 10 cellules épithéliales squameuses par champ sont considérées comme physiologiques chez la femme, contre un seuil nettement inférieur chez l’homme.

Cellules squameuses, transitionnelles ou rénales : le type change tout

Le terme « cellules épithéliales » sur un résultat d’ECBU regroupe en réalité trois catégories distinctes, et leur origine anatomique modifie radicalement l’interprétation.

Cellules squameuses

Les plus fréquentes chez la femme. Elles proviennent de la partie distale de l’urètre, du vagin ou de la peau périnéale. Leur présence, même « rare », n’oriente vers aucune pathologie urinaire. C’est le type de cellule retrouvé dans la quasi-totalité des prélèvements féminins non pathologiques.

Cellules transitionnelles

Issues de l’urothélium, le tissu qui tapisse la vessie, les uretères et le bassinet rénal. Quelques cellules transitionnelles isolées restent banales. En revanche, leur présence en nombre élevé peut signaler une inflammation vésicale, une infection urinaire active ou, plus rarement, une lésion de la muqueuse vésicale.

Cellules tubulaires rénales

Les plus préoccupantes. Elles proviennent des tubules rénaux et leur détection, même en faible quantité, justifie une investigation complémentaire. Leur présence peut orienter vers une atteinte rénale (néphrite, nécrose tubulaire).

Le compte rendu de laboratoire ne précise pas toujours le type exact. Si la mention « rares cellules épithéliales » apparaît sans autre précision, il s’agit presque systématiquement de cellules squameuses. En cas de doute, le biologiste peut être contacté pour préciser la morphologie observée au microscope.

Mains gantées d'un biologiste tenant un flacon d'urine pour préparer un frottis cytologique en laboratoire

Frottis urinaire et frottis cervico-vaginal : deux examens à ne pas confondre

Une confusion fréquente concerne le terme « frottis » appliqué à l’urine. Le frottis urinaire (ou cytologie urinaire) consiste à examiner au microscope les cellules présentes dans un échantillon d’urine, généralement pour rechercher des cellules anormales ou tumorales dans le cadre d’un suivi urologique.

Le frottis cervico-vaginal, lui, prélève des cellules directement sur le col de l’utérus pour dépister des lésions précancéreuses liées au papillomavirus. Les deux examens partagent le mot « frottis » mais n’explorent ni les mêmes tissus, ni les mêmes pathologies.

Chez la femme, la présence de cellules épithéliales squameuses dans un ECBU ne remplace ni ne reflète les résultats d’un frottis cervical. Si des cellules d’aspect inhabituel sont repérées lors d’une cytologie urinaire, le laboratoire le signale explicitement et recommande un bilan complémentaire.

Quand refaire le prélèvement urinaire

Un ECBU mentionnant « rares cellules épithéliales » sans leucocytes élevés, sans bactériurie significative et sans nitrites positifs ne nécessite généralement pas de nouveau prélèvement. Le résultat est considéré comme exploitable.

La situation change lorsque le compte rendu signale une contamination franche (nombreuses cellules épithéliales, flore polymicrobienne) alors que des symptômes urinaires persistent. Dans ce cas, le médecin prescrit un second ECBU en insistant sur les conditions de recueil :

  • Toilette intime soigneuse avec un antiseptique doux avant le prélèvement
  • Élimination du premier jet d’urine et recueil uniquement du milieu de miction
  • Acheminement rapide de l’échantillon au laboratoire (moins de deux heures à température ambiante, ou conservation au réfrigérateur)
  • Éviter le prélèvement en période de règles, qui augmente considérablement le risque de contamination par des cellules vaginales et des hématies

Un résultat isolé de « rares cellules épithéliales » chez une femme sans symptôme d’infection urinaire (brûlures mictionnelles, pollakiurie, douleurs sus-pubiennes) reste un élément banal d’un bilan de routine. C’est la corrélation entre les symptômes cliniques et l’ensemble des paramètres de l’ECBU (leucocytes, bactéries, nitrites) qui guide la décision médicale, pas la seule ligne « cellules épithéliales » du compte rendu.

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